Le tabou...

Le dossier publié dans "Lyon Mag", en janvier 2003, sur les maisons de retraite, a provoqué de nombreuses réactions, mais aussi une assignation en justice du Dr Champin qui dirige la maison de retraite Montvenoux à Tarare. Celui-ci n' a pas apprécié qu'une employée de cet établissement témoigne d' un certain nombre de dysfonctionnements graves (en effet, certains responsables d' établissements n' hésitent pas à déposer plainte contre les plaignants qui les mettent en cause...). Voici des extraits de quelques lettres...

Maison de la honte et argent facile ...

" (...) Ayant exercé durant de nombreuses années dans le secteur social ( CCAS ), je suis choquée de découvrir la façon dont les personnes âgées sont prises en charge dans certains établissements. Je m'interroge sur cet univers où le profit me semble être prioritaire aux yeux de certains responsables de maison de retraite. Comment pouvons-nous accepter que des êtres humains puissent être considérés comme de véritables produits de "consommation" ? Ma mère est hébergée dans un établissement vétuste où le manque de personnel et l'incompétence de la direction engendre des dysfonctionnements graves ( faute de personnels, les résidents sont attachés du matin au soir et on leur administre des somnifères pour ne plus les entendre se plaindre ...). Le directeur, lui, se préoccupe d'avantage de sa belle voiture, des économies réalisées sur les services et la nourriture, que du respect de la dignité humaine.Il y a quelques jours, il a invité les familles à une réunion sur l'APA, et nous a expliqué qu'il avait beaucoup de difficultés à améliorer les conditions d'accueil des résidents et la qualité des services. Il nous a indiqué que l'Etat ne respectait pas ses engagements et ne finançait pas les maisons de retraite commerciales et que c'était pour ces raisons que des dysfonctionnements existaient dans la structure. Pourtant la direction de l'établissement n'a jamais investi le moindre franc dans la réfection des locaux depuis sa construction, il y a 30 ans. Il est important de préciser que ce même directeur a néammoins refait son bureau, racheté 2 autres maisons de retraite et s' apprête à en acheter une 3ème. Que dire des prix d'hébergement ( plus de 10.000 francs / mois pour un lit dans une chambre minuscule à peine chauffée et deux repas légers / jour exemple : soupe - une saucisse de strasbourg - 2 pommes de terre à l'eau - 1 pomme ), le personnel est quasi inexistant et certaines personnes âgées souffrent de dénutrition et de déshydratation. Ma mère a été hospitalisée ces jours-ci et j'ai exigé un bilan médical à son arrivée à l'hôpital. Les personnels soignants de l'hôpital étaient choqués de l'état physique et psychique déplorable de ma mère. Ils m'ont indiqué que trop souvent, malheureusement, les résidents de cette maison de retraite étaient transférés vers l'hôpital suite à un manque de soins évidents ... J'ai pris contact avec la DDASS qui m'a indiqué que la résidence dont il était question allait faire l'objet d'une signature de convention tripartite ( dotation financière - aide de l'Etat ) et qu'il n'y aurait bientôt plus de problèmes dans cet établissement... Comment est-il possible que ce soit à l'Etat ( donc aux familles et aux contribuables une fois de plus ) de prendre en charge l'amélioration de la qualité d'hébergement dans les "maisons de retraite privées commerciales" ? En attendant, les maltraitances dont sont victimes les personnes âgées vulnérables accueillies dans cette maison de retraite, vont encore perdurer durant quelques mois, voir plus, sous l'oeil bienveillant et avec la complicité des services de la DDASS. Ce qui m'exaspère c'est que ces-mêmes établissements commerciaux utilisent en toute impunité "la maltraitance" et l'incrédulité des familles pour faire pression et obtenir de l'argent de l'Etat, au même titre que des établissements à but non lucratif, afin d'augmenter leurs bénéfices. En ce qui concerne le directeur, il m'a indiqué que ma mère était indésirable dans la résidence et il considère que je suis trop exigeante sur la qualité des services ... De toute façon, je ne souhaitais pas que ma mère regagne cet établissement. N'ayant pas d'autres solutions, je vais accueillir ma mère à mon domicile et lui apporter le réconfort, la tendresse et les soins qu'elle est en droit d'attendre ... Son séjour de plusieurs mois dans cette maison de retraite "indigne" l'a terriblement perturbée, elle en gardera les stigmates jusqu'à la fin de sa vie ... et dans l'impunité la plus totale la maison de retraite continuera encore longtemps à accueillir des "être humains fragiles" qui n'auront pas demandé à vivre en "enfer"(...)" P.F - Villefranche

Se taire ou la sanction ?

"(...) J'ai eu le malheur d' exprimer une fois et par écrit mon vif mécontentent à la suite de la disparition des lunettes de mon père (grosses lunettes d'écailles , non retrouvées depuis trois mois) puis de sa prothèse auditive (retrouvée huit jours après, avec des parties manquantes).
En disant que cette privation d'objets "s'apparentait à de la maltraitance" puisque l'isolement de la personne est bien réel et sa souffrance psychologique indéniable (NB : Les objets ont toujours disparu la nuit et l'établissement s'est refusé à couvrir par son assurance leur perte). Sanction : expulsion sous un mois de mes parents de 92 et 95 ans handicapés, sans médiation ou révision possibles de sa position de la part de l'établissement..... Conclusion ?
Ne jamais prononcer le mot de "maltraitance" ( assimilé dans les esprits à sévices ? ) dans une maison de retraite médicalisée. Les proches ne doivent faire aucun reproche , sous peine de représailles comme celle décrite ci-dessus
. (...) " J.M - Paris

Chantage inadmissible ...

"(...) Dans un marché où la demande excède l' offre, ces maisons invitent aisément les contestataires à changer d' établissement : ceci dispense de se remettre en cause, voir évite des "connivences" entre personnel, résidents et familles. Le renouvellement du personnel est souvent de règle en zone urbaine, pour des raisons analogues, et on économise la formation. Le niveau général des établissements mettra donc du temps à s' élever, en aglomération surtout. Il faut résister à la menace du "Fermez-la ou partez" même si c' est difficile : il faut rester et exiger le service dû ! Partir ne garantie pas de trouver mieux et nos parents même diminués, ressentent durement les moindres changements. Et laisser le champ libre au laxisme et aux abus ne résoudra rien pour personne. (...) Le respect des médications est un problème dans des structures, essentiellement d' hôtellerie à l' origine : omissions, confusions, surdosages ne sont pas rares. Et on peut s' inquiéter de la désinvolture des réponses données lorsqu'on en fait l' observation." (...) J.A - Francheville

Contrôles inéxistant ...

"(...) Je représente un petit collectif d' usagers des maisons de retraite. Nous avons pris connaissance de l' article paru dans "Lyon Mag" en janvier 2003. C' est terrible de constater qu' a l' époque ou l'on vit, des être humains âgés puissent être "stockés" dans des maisons de retraite sans âme ni confort. Le manque évident de maison de retraite engendre une demande largement supérieur à l' offre... Il faut amplifier les contrôles des établissements par des organismes indépendants et surtout ne plus laisser les maisons de retraite continué à "maltraiter" en toute impunité... Que font les pouvoirs publics ? (...)" P.J.- Lyon

Respect des ainés ...

"Nous sommes fidèles lecteurs de "Lyon Mag", que nous mettons également à la disposition de notre clientèle du salon de coiffure. Nous avons le plaisir de vous féliciter pour le courage avec lequel vous relatez votre enquête au sein des maisons de retraite. En effet pour beaucoup de nos client(e)s, le placement de parents âgés et souvent handicapés est vécu comme un véritable chemin de croix, et lorsqu' enfin une place est disponible, c' est pour découvrir avec effarement les conditions dans lesquelles ceux-ci sont traités. Cette situation est d' autant plus révoltante que cette génération a bien souvent commencé sa vie sous les privations de la guerre de 39-45 et que nous lui devons notre confort d' aujourd'hui (...)" H.B. - Lyon 6

Personnel désabusé ...

"Merci pour vos articles sur le scandale des maisons de retraite, moi auxiliaire de vie depuis 5 ans dans les maisons de retraite, j' ai subi et vu des choses qui sont à la limite de l' incroyable et pourtant vrai. Courant 2002, j'ai porté plainte contre mon employeur et je viens tout juste de me faire licencier. La violence verbale, ça existe et la violence physique aussi, les médecins de mèche avec les employeurs, etc... Enfin tout ça a fait partie de mon quotidien, merci car maintenant j' ai une preuve de ce que j' avançais, votre article m' a permis de faire voir aux gens que je ne suis pas une menteuse. Merci, merci encore". E.O. - Lyon

 

 

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