Photos dégradantes de patientes: deux aides-soignants de Lille poursuivis

LILLE le 16 février 2007 (AFP) - Deux aides-soignants du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille ont été mis en examen et suspendus de leurs fonctions, après avoir pris des photographies dégradantes de patientes dormant ou inconscientes, une affaire qui a ébranlé le personnel de l'hôpital.

Ces trois photos, prises en 2004 et dévoilées aux journalistes lors d'une conférence de presse, montrent deux patientes victimes de mises en scène de mauvais goût.

Sur deux de ces images, les aides-soignants prennent des poses hilares à côté des patientes. Sur la troisième, ils mettent une serviette hygiénique souillée sur le front.

"C'est un cas isolé et exceptionnel", a insisté Didier Delmotte, le directeur général du CHRU, qui compte 12.000 agents.

Elles ont été transmises récemment à l'hôpital par un magazine qui proposait de ne pas les publier, en échange d'un "reportage exclusif" au sein de l'hôpital, a expliqué M. Delmotte.

Le magazine, Choc Hebdo, a réfuté vendredi dans un communiqué les accusations de M. Delmotte et indiqué qu'il allait publier les photos.

Une fois les photos reçues, l'hôpital a déclenché une enquête interne qui a permis de retrouver le 9 février les deux aides-soignants qui se sont pris en photo, un homme et une femme âgés de 25 à 30 ans "qui avaient un peu d'ancienneté", a souligné M. Delmotte.

Le même jour, le procureur de la République a ouvert une information judiciaire, notamment pour atteinte à la vie privée et violation du secret professionnel. Dans le cadre de cette enquête confiée à la police, le journaliste qui a contacté le CHRU a déjà été entendu une première fois.

Lundi, les deux aides-soignants, visés par une plainte de leur employeur, se sont vu signifier leur mise à pied. Ils ont reconnu être les auteurs des photos, mais ont déclaré avoir reculé devant l'idée de les transmettre au magazine en question.

"Ils sont très affectés, bouleversés. Ils n'avaient jamais fait ce genre de choses avant. Ils n'ont pas du tout mesuré les conséquences de leur +délire+", a-t-on indiqué de source proche de l'enquête.

"A priori, ils ne voulaient pas vraiment diffuser les photos. Ils disent qu'ils se sont fait piéger", a affirmé le directeur général avant de déplorer la probable parution de ces photos.

"Elles paraîtront, bien sûr elles paraîtront. Il n'y a plus de morale", a-t-il dit. M. Delmotte a refusé de révéler dans quel titre, affirmant qu'il s'agissait d'un "magazine à sensation dont (il) ne (voulait) pas faire la publicité".

Le vice-président de la commission médicale d'établissement, le Dr Jean-Marc Rigot, a décrit "un personnel effondré" et a dénoncé "un comportement contraire à tout ce qui constitue le coeur du métier de soigner".

La maire de Lille et présidente du conseil d'administration du CHRU Martine Aubry s'est dite, dans un communiqué, "personnellement choquée et consternée", assurant "les familles de (son) soutien et de toute (sa) sympathie".

L'une des patientes est aujourd'hui inconsciente dans un service de soins de suite, et l'autre décédée. Sa famille a également porté plainte.

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