Maltraitance prison avec sursis pour une ancienne directrice de maison de retraite

L'association française de protection et d'assistance aux personnes âgées (Afpap) s'est portée partie civile en compagnie de deux familles d'ex-résidents. L'association, dont le signalement en janvier 2003 est à l'origine de la procédure, estime que certains agissements de l'ex-directrice "relèvent de la barbarie", selon son président Christophe Fernandez.

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BORDEAUX (AP) le lundi 2 avril 2007 - Une ancienne directrice de maison de retraite, Jeanne Philibert, 81 ans, a été condamnée lundi à quatre mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Bordeaux pour violences sur une pensionnaire, exercice illégal de la médecine et de la profession d'infirmière, et extension de la capacité de son établissement sans autorisation.

Elle devra en outre payer 10.000 euros d'amende, et plusieurs milliers d'euros au total auprès de plusieurs plaignants et de l'Association française de protection et d'assistance aux personnes âgées (AFPAP) qui s'était portée partie civile.

Jeanne Philibert accueillait jusqu'à 70 pensionnaires dans son "Château Lamothe", à Saint-Médard-d'Eyrans (Gironde), alors qu'il n'était habilité que pour 44. Certains pensionnaires, qui payaient pour des chambres individuelles, dormaient dans des fauteuils au pied d'un escalier. Elle prétendait être infirmière, alors qu'elle aurait simplement obtenu un diplôme en 1945 à Berlin, sans "avoir trouvé le temps" de le faire valider depuis son retour en France.

A l'audience, les témoignages ont parfois été difficilement soutenables, évoquant des touchers rectaux sans gants, ou des nettoyages d'escarre à l'eau de Javel.

Jeanne Philibert s'est refusée à tout commentaire après le prononcé de sa condamnation. La maison de retraite a changé de propriétaire depuis 2003.

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Gironde, mardi, 3 avril 2007, p. 2

SAINT-MEDARD-D'EYRANS.
L'ancienne directrice de maison de retraite condamnée

Dominique Richard


Quatre mois avec sursis pour Jeanne Philibert.

Le tribunal correctionnel de Bordeaux a condamné hier Jeanne Philibert, l'ancienne directrice et propriétaire de la maison de retraite Château Lamothe, à Saint-Médard-d'Eyrans, à quatre mois de prison avec sursis et à 10 000 euros d'amende.

Les magistrats ont estimé qu'à l'exception des faits d'escroquerie, toutes les infractions reprochées à cette octogénaire à la poigne de fer étaient constituées. Du dépassement des capacités d'accueil de l'établissement en passant par la détention illicite de morphine, l'exercice illégal de la profession de médecin et d'infirmière et les violences occasionnées à une pensionnaire qu'elle alimentait de force.

Des méthodes d'un autre âge.

La peine infligée reste malgré tout moderée. L'âge de Jeanne Philibert et la cession de la maison de retraite, de nature à empêcher à l'avenir toute réitération des actes répréhensibles, expliquent en partie cette relative clémence. La personnalité de l'octogénaire n'y est pas étrangère non plus. Elle ne ressemblait pas au portrait dressé dans certains médias.

Avant même son procès, son cas était décrit comme l'exemple même des maltraitances dont souffrent les personnes âgées dans les maisons de retraite. Plus que des mauvais traitements, ce sont plutôt des méthodes d'un autre âge que le tribunal, présidé par François Lebur, a eu à juger.

Cet établissement de 44 places, qui accueillait 70 résidents, à l'état souvent très dégradé, n'était pas très scrupuleux sur l'hygiène et les bonnes pratiques. Certains pensionnaires dormaient sur des lits pliants ou sur des fauteuils. Les soins étaient dispensés par du personnel non qualifié et la longue expérience de Jeanne Philibert faisait souvent office de remède miracle. Titulaire d'un diplôme d'infirmière obtenu en Allemagne en 1945 mais non validé en France, elle prescrivait elle-même des médicaments et des perfusions sans avis médical.

Elle imposait aussi à ses collaborateurs la pratique des touchers rectaux pour débloquer les constipations les plus tenaces, n'hésitant pas d'ailleurs à donner l'exemple en les effectuant sans gant. Les médecins qui consultaient à l'intérieur de la maison de retraite n'ont jamais relevé la moindre trace de violence sur le corps de leurs patients, accueillis à Château Lamothe après avoir été souvent refusés par d'autres institutions. Les familles, dans leur immense majorité, sont d'ailleurs restées solidaires de Jeanne Philibert, insistant sur son « dévouement » et son implication.

Le supplice du « gavage ».

L'idée très personnelle qu'avait Jeanne Philibert du bien-être de ses pensionnaires, pour lesquels elle ne comptait pas ses heures et son énergie, dépassait malgré tout les bornes lorsqu'arrivait l'heure du repas. Ceux qui ne voulaient pas s'alimenter s'exposaient au supplice du « gavage ».

« Les résidents étaient emmenés hors de la salle à manger, maintenus par une aide-soignante pendant que Mme Philibert, parfois hors d'elle, leur introduisait de force dans la bouche de la nourriture à l'aide d'une cuillère, au risque de les blesser, relèvent les magistrats dans leur jugement. Plusieurs témoins rapportent que les pensionnaires étaient terrorisés et que la seule évocation du nom de la directrice leur faisait peur. »


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