Interview: Christophe Fernandez préside l'Afpap, association d'assistance aux personnes âgées

«Une inspection tous les seize ans» Par Matthieu ECOIFFIER ( Journal Libération du samedi 17 avril 2004 )

Christophe Fernandez, président de l'Association française de protection et d'assistance aux personnes âgées (Afpap), fondée en 2002 pour lutter contre la maltraitance dans les institutions, revient sur les défaillances relevées à Chelles et dans d'autres établissements.

Cette affaire est-elle symptomatique ?

Nous avons été alertés sur ce cas il y a deux ans par une employée. On avait pris son témoignage avec prudence, car elle était en litige avec la directrice. Mais il semblait très fiable. Les faits dénoncés sont récurrents dans tous les dossiers. Sur le plan juridique, la maltraitance est constituée par des actes physiques sur les personnes. En pratique, sa définition est plus large. Cela peut commencer par le fait de ne pas changer une personne incontinente régulièrement. Ne pas la doucher et la laisser baigner dans ses excréments toute la journée, est-ce seulement un problème d'hygiène ? Cela peut provoquer un réel traumatisme psychologique. Pour nous, c'est de la non-assistance à personne en danger. Notre travail consiste à recueillir des témoignages, des renseignements. Ensuite, nous les recoupons minutieusement afin de porter à l'attention de la justice un faisceau d'indices susceptibles de mettre en évidence une «atteinte à l'intégrité physique et morale de la personne âgée».

Les familles sont-elles plus vigilantes depuis la canicule ?

Il y a une forme de prise de conscience. Avant, les familles ne se rendaient pas compte de la gravité de cette maltraitance insidieuse. A la suite des nombreux reportages dans les médias, le doute s'est installé. Les gens savent qu'une salle à manger bien dressée, des baies vitrées et un agrément officiel ne sont pas des garanties. Avec l'âge moyen d'entrée à 83 ans, les enfants font partie de la nouvelle génération de seniors : des consommateurs plus exigeants, mieux informés et moins soumis. Nous diffusons sur notre site (1) une liste d'indications pour repérer plus facilement des dysfonctionnements. Désormais, les appels à notre numéro vert (2) sont plus circonstanciés. Et les gens sont prêts à donner leur nom, même s'ils craignent toujours des représailles. Trois appels sur cinq concernent le secteur privé commercial, qui ne représente que 20 % du marché. Ils ont créé des maisons de retraite confortables pour séduire avant tout les familles et non pas les personnes âgées. Mais il y a l'envers du décor, ce qu'on ne voit que lorsque les portes sont fermées. C'est la réalité économique : la sous-qualification, la dévalorisation du personnel, le manque d'outils et les économies sur tout. Exemple : on commande aux prestataires de services moins de plateaux-repas que de résidents puisqu'il y a toujours un ratio de personnes malades ou absentes. Sauf que, s'ils se trompent, il y en a qui ne mangent pas. Des familles ont vu un quartier de melon coupé en quatre, avec le jour qui passait au travers de la tranche !

Y a-t-il un regain des procédures ?

Nous avons une quarantaine de plaintes en cours auprès des parquets. La semaine dernière, j'ai procédé à cinq signalements concernant cinq établissements : une personne âgée battue, une morte de faim, une autre en semi-coma suite à des contentions chimiques abusives, et deux délaissements. Hubert Falco, le ministre délégué aux Personnes âgées, avait estimé, à son arrivée au gouvernement, à 200 000 le nombre de lits «indignes» sur les 600 000 occupés en France dans 10 500 maisons de retraite. Après, il a repris le chiffre de 5 % diffusé par les responsables des maisons de retraite.

Pourquoi alerter la justice et non pas la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) ?

A la création de l'association, on leur adressait nos signalements. Bien vite, on s'est rendu compte qu'ils restaient sans suite. Les Ddass disaient diligenter une enquête interne, mais restaient impuissantes face à certaines situations, invoquant le rôle économique de ces établissements en termes d'emploi, leur utilité publique puisqu'ils accueillent des personnes dont on ne veut ou ne peut plus s'occuper. Compte tenu du nombre d'inspecteurs et d'établissements, chacun n'est susceptible d'être contrôlé que tous les seize ans. A Chelles, la Ddass nous a indiqué, il y a un an, qu'on ne peut fermer que deux maisons par an et par département, et que celle-ci attendrait.

(1) www.afpap.org - (2) Numéro vert : 0800 020 528.

A voir également : le reportage de France 3 du 17 avril 2004 avec interview de Thierry Pons (coordonnateur AFPAP)

Ci-dessous les articles concernant l'affaire AVIA de Chelles (77)

Maltraitance : Affaire AVIA - L'AFPAP avait alerté les autorités en 2002 - article du 17 avril 2004

Maltraitance : Affaire AVIA - Article du journal "Le Monde" en date du 17 avril 2004

Abus : Le préfet ferme la résidence Avia après le signalement de l'AFPAP - 15 avril 2004

Plainte contre une résidence de Chelles ( 77 )

 

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