ENQUETE : Une dirigeante de maison de retraite accusée de maltraitance

"Il faut maintenant que le ministre délégué aux Personnes âgées fasse ce qu'il a dit, à savoir durcir les contrôles des autorités de tutelle sur les maisons de retraite."


La gérante de la maison du Haras à Marseille a été mise en examen hier pour « violence sur personne vulnérable ». De nombreux témoignages font état de mauvais traitements dont auraient été victimes plusieurs des 62 personnes âgées de l'établissement.


Le Parisien / Aujourd'hui en France du 06 décembre 2006 - «SPECIALISTE Alzheimer » , « surveillance médicale 24 h/24 », « ambiance familiale » : si l'on en croit sa plaquette publicitaire, la maison de retraite du Haras, à Marseille, a quelque chose du paradis sur terre. Mais si, côté face, l'endroit se donne des airs de havre de paix dans lequel il ferait bon vieillir, l'envers du décor semble beaucoup moins reluisant. A tel point que les deux gérants de l'établissement, une mère et son fils, ainsi que le médecin référent de cet établissement, ont été interpellés lundi matin et placés en garde à vue.

Hier soir, Lilianne Jenner, la gérante, a été mise en examen. Et les motifs font froid dans le dos : « violence sur personne vulnérable » et « exercice illégal de la médecine ». Elle a été remise en liberté sous contrôle judiciaire, avec interdiction d'exercer une profession en lien avec un établissement de santé. Son fils et le médecin n'ont pas été inquiétés. Personnels, familles, professions libérales : tous dénonçaient de longue date une situation gravissime dans cet établissement de 62 lits. « Tout est géré à l'économie, détaille Sabrina (1), agent de service à la maison de retraite du Haras. Pour laver l'ensemble des pensionnaires, nous ne disposions que de cinq gants de toilette. Il fallait qu'on vole du savon dans ce qui sert de pharmacie... » « Il y a peu, une petite dame semblait sur le point de décéder, témoigne Sarah (1), un autre agent de service. Les responsables des lieux faisaient déjà visiter sa chambre pour la remplacer, alors qu'elle était toujours en vie. »

« Ce sont des Thénardier des personnes âgées »

Dans le coffre de sa voiture, Jeanne Gabro transporte en permanence une ceinture de contention. Une « preuve », « le temps que l'affaire soit finie », soupire cette quinquagénaire, partie civile dans le dossier du Haras. C'est elle qui a alerté la justice, après que sa mère, malade d'Alzheimer, a séjourné presque un an dans la maison de retraite. « Progressivement, elle est devenue agressive. Ils ont fini par l'enfermer dans ce qu'ils appellent la Tisanerie, une pièce confinée où ils la maintenaient parfois attachée jour et nuit avec cette ceinture de contention, sans prescription médicale. Elle devait faire ses besoins à même le sol. » « Il y a quand même des toilettes à l'étage », se défendait il y a quelques semaines Romain Baumstark (3), le directeur du Haras. « Ce sont des Thénardier des personnes âgées », assure Jean-Charles Escribano, infirmier libéral qui a exercé plusieurs mois au Haras avant d'en claquer la porte . « J'ai vu un agent faire levier avec une cuillère pour forcer une personne à ouvrir la bouche et à manger, raconte-t-il. L'objet lui a arraché une dent et la lèvre. C'était du gavage. » « Pour calmer cette dame qui souffrait d'importantes escarres, la gérante ordonnait de la gaver d'Atarax, un sirop qui les transforme en légumes », insiste Sarah. « Nous faisons notre travail convenablement », rétorque le directeur de l'établissement. « C'est la deuxième affaire sur laquelle se penche la justice en vingt-quatre heures, après un précédent dossier dans les Yvelines, rappelle Christophe Fernandez (2), le président de l'Association française de protection et d'assistance aux personnes âgées. Il faut maintenant que le ministre délégué aux Personnes âgées fasse ce qu'il a dit, à savoir durcir les contrôles des autorités de tutelle sur les maisons de retraite. »

(1) Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressées.

(2) Coauteur de l'ouvrage « On tue les vieux », sorti en octobre chez Fayard. Voir les infos sur ce livre ici !

(3) M. Baumstark est par ailleurs membre du conseil d'administration du Syndicat national des établissements et résidences pour personnes âgées (SYNERPA).

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