L'"hôpital de l'horreur" provoque un scandale sanitaire en Italie

ROME (AFP) - Le 08 janvier 2007 - Des policiers spécialistes des questions de santé ont été dépêchés lundi dans tous les hôpitaux d'Italie après un reportage choc dans la plus grande polyclinique du pays qui a dénoncé le manque d'hygiène et les risques d'infections nosocomiales encourus par les malades.

L'inspection générale, qui devrait prendre plusieurs jours et concerner les 700 établissements publics de la Péninsule, est la réponse du gouvernement à la polémique suscitée par la polyclinique Umberto 1er de Rome, rebaptisée "l'hôpital de l'horreur" par l'hebdomadaire L'Espresso paru vendredi.

Après être resté un mois dans les murs de l'hôpital en se faisant passer pour un agent d'entretien, le journaliste Fabrizio Gatti décrit, vidéos à l'appui, une longue série de dysfonctionnements et de manquements à l'hygiène dans ce centre hospitalier universitaire d'environ 1.300 lits qui date de la fin du XIXe siècle.

Les images, visibles sur le site internet de L'Espresso, montrent un sol jonché de mégots à quelques pas du service de thérapie intensive pour enfants, des sacs poubelles entreposés le long des couloirs empruntés par les malades sur leurs civières, ou un brancardier qui fume, en dépit des pancartes l'interdisant, alors qu'il accompagne un patient d'un département à un autre.

Le reportage, qui dénonce "une carence chronique de personnel", illustre aussi les lacunes dans la surveillance des réfrigérateurs et des armoires contenant des cultures de bactéries et de virus, voire des substances radioactives.

Dans la foulée, une enquête diffusée vendredi par le quotidien La Repubblica, appartenant au même groupe que L'Espresso, a estimé à une fourchette comprise entre 4.500 et 7.000 par an le nombre de décès dus aux infections contractées dans les hôpitaux italiens.

La ministre de la Santé du gouvernement de centre gauche, Livia Turco, s'est dite "choquée et en colère" après les révélations sur l'hôpital Umberto 1er, mais ses services soulignent toutefois que le nombre d'"infections hospitalières en Italie demeure aligné depuis des années sur les autres pays européens, avec une moyenne de 4,5 à 7% des hospitalisations".

"Condamner la vétusté de certains hôpitaux et l'attitude de certains médecins et infirmiers est une chose, mais faire des généralités et dire que les infections nosocomiales sont provoquées par le seul manque d'hygiène du personnel, ce n'est pas acceptable", a pour sa part déclaré le secrétaire national du syndicat des médecins hospitaliers (Anaao), Carlo Lusenti.

"Tout le monde sait que l'Umberto 1er est ingérable. C'est un mastodonte vieux de plus d'un siècle, avec deux km de couloirs souterrains. Il ne faut pas s'étonner si les murs sont humides et sales", a-t-il également affirmé à l'AFP.

Le quotidien La Stampa a souligné lundi qu'un reportage diffusé dans ses colonnes en 1986 dénonçait déjà les "couloirs immondes" de l'Umberto 1er.

Les syndicats ont contre-attaqué depuis la diffusion du reportage, dénonçant notamment l'externalisation systématique des services paramédicaux et le manque de personnel.

"Depuis cinq ans, toutes les lois de finances prévoient le gel des embauches qui devraient palier les départs à la retraite des médecins hospitaliers", accuse M. Lusenti.

L'ancien ministre de la Santé de centre gauche Umberto Veronesi (2000-2001) a pour sa part relevé qu'en moyenne les hôpitaux italiens ont été construits il y a 60-70 ans. Il a demandé que les médecins soient réellement employés à temps plein dans ces structures.

"Il n'est pas concevable qu'un chirurgien regarde sa montre parce qu'il est attendu dans une maison de soins, avec des patients de première classe dans le privé et des patients de deuxième classe dans le public", a-t-il déclaré lundi à La Repubblica.

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Inspection des hôpitaux en Italie après les révélations sur le manque d'hygiène d'un des principaux établissements romains

ROME (AP) - Des unités des Carabiniers, la gendarmerie italienne, ont entamé lundi des inspections dans les hôpitaux de la péninsule après l'enquête publiée par l'hebdomadaire l'Espresso, dénonçant les mauvaises conditions d'hygiène et les négligences dans un des principaux établissements de Rome, la polyclinique Umberto Ier.

Le résultats de l'enquête seront transmis au chef du gouvernement Romano Prodi, a précisé le ministère de la Santé, qui n'a pas fourni d'autres précisions.

Les révélations de l'Espresso ont suscité une vive émotion en Italie. Un reporter du magazine italien, Fabrizio Gatti, s'est fait passer pendant un mois pour un homme de ménage. Muni d'une caméra et d'un appareil photo, le journaliste a pu ainsi constater et dénoncer les mauvaises conditions d'hygiène dans l'établissement -immondices s'entassant dans les couloirs, déjections canines, notamment- susceptibles de renforcer le risques d'infections nosocomiales, ces maladies contractées par les patients à l'hôpital.

Le journaliste a également pu observer des produits radioactifs et des éprouvettes contenant des échantillons infectieux laissés sans surveillance. Des dossiers traînent à la portée de tous, tandis que des membres du personnel fument devant le service des soins intensifs ou en transférant des patients.

Dans une des vidéos, tournée en caméra cachée, le journaliste s'approche de deux membres du personnel de l'hôpital en blouse blanche et cigarettes aux lèvres. Il leur demande s'ils sont au courant de l'interdiction de fumer à l'hôpital. "On sait, mais il est six heures", répond l'un d'entre eux.

Le reporter explique par ailleurs qu'il a pu déambuler en toute liberté dans les couloirs et pénétrer dans l'établissement par une entrée non gardée sans que personne ne lui demande quoi que soit, uniquement grâce à un bleu de travail.

Le directeur de la polyclinique, Ubaldo Montaguti, a concédé l'existence de problèmes graves mais a fait valoir que l'hôpital devait rester ouvert en attendant une amélioration de la situation.

D'après le ministère italien de la Santé, les infections nosocomiales touchent de 4,5 à 7% des patients des hôpitaux du pays, comme ailleurs dans l'Union européenne. Mais selon une étude réalisée en 1999 par l'Université La Sapienza de Rome, citée par l'Espresso, le taux des infections nosocomiales à Umberto Ier a atteint un record de 15,2%.

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