Maltraitance : Des personnes âgées délaissées aux urgences !!!

"Délaissées" est un délicat euphémisme journalistique pour dire que les malades admis en urgence sont triés sur le critère de l'âge et que les plus vieux sont victimes d'une flagrante discrimination à ce titre.

Paru dans l'édition du mardi 21 novembre 2006 : La directrice du foyer-logement de Nouvoitou est effarée par les dysfonctionnements du système de santé concernant les personnes âgées. Exemples à l'appui.
Cette fois, c'est trop. Sylvie Varsaba, directrice de la Maison d'accueil rural pour personnes âgées (Marpa) de Nouvoitou (Ille-et-Vilaine) en a assez. Assez de voir comment les personnes âgées sont traitées, notamment aux urgences. Le 12 octobre, l'une de ses vingt résidantes, Mme P., 79 ans, doit être hospitalisée d'urgence. Le médecin traitant soupçonne une embolie pulmonaire. Cette dame, « par ailleurs parfaitement autonome », est transportée à l'hôpital Pontchaillou, à Rennes, car le Centre régional de gériatrie de Chantepie ne peut pas l'accueillir.

« Elle a été ramenée le lendemain, sans que l'on nous prévienne. Le médecin nous a dit qu'elle souffrait d'arthrose, ce qui est vrai, mais ce n'était pas la principale cause de l'hospitalisation. » Sylvie Varsaba trouve que Mme P. respire toujours mal. Elle fait revenir le médecin traitant qui obtient, quelques minutes plus tard, l'hospitalisation de sa patiente en pneumologie à la clinique Saint-Laurent. Mme P. y restera dix jours pour une embolie pulmonaire bilatérale.

« Un problème de santé publique »

Sylvie Varsaba dénonce un manque de respect généralisé envers les personnes âgées. « Ce n'est pas parce que l'on est vieux que l'on ne ressent plus rien », fulmine-t-elle, listant les patients « désorientés qui restent des heures sur un chariot sans qu'on les rassure, ceux qui ne sont pas entendus quand ils demandent un bassin pour uriner, ceux qui rentrent à la résidence avec pour seul vêtement une chemise d'hôpital et une couche ». Et ce, en dépit du plan solidarité grand âge, présenté en juin par Philippe Bas, ministre délégué aux Personnes âgées. « Il y a un fossé entre les discours et la réalité. Pourtant nous serons tous concernés un jour, c'est inéluctable. » Mais notre société refuse cette image du vieillissement associé à la maladie et au handicap.

La directrice ne veut pas jeter la pierre à un médecin, ni même à un service. « Je sais bien que les urgences sont engorgées, le personnel pas assez nombreux, débordé par les pathologies urgentes, mais il y a là un vrai problème de santé publique. » En filigrane, une question la taraude : « À quoi bon rallonger la vie des gens, si on n'est pas capable de les prendre en charge ensuite ? »

Elle n'est pas la première à tirer la sonnette d'alarme. Des gériatres, comme le Pr Pierre Pfitzenmeyer, du CHU de Dijon (1) et surtout le Pr Jacques Soubeyrand co-auteur du Livre "On tue les vieux" (2), dénoncent une « maltraitance institution-nelle » des personnes très âgées dans les hôpitaux et « une pénurie de personnel conduisant à une prise en charge indigne » (La Croix du jeudi 2 novembre). Le problème n'est pas lié à « un manque de dévouement et d'humanité des équipes soignantes », mais repose sur des « questions d'organisation et de moyens », fustige Pierre Pfitzenmeyer.

En clair, nos hôpitaux ne sont pas conçus pour accueillir ces patients qui souffrent de plusieurs pathologies. Une situation qui devrait cependant s'améliorer à Rennes : dans le nouveau pôle urgences prévu au CHU devrait être inclus un service spécialisé en gériatrie.

Aujourd'hui, Mme P. va mieux. Avec d'autres directeurs de maison de retraite, Sylvie Varsaba réfléchit à la mise en place d'un accompagnement, par des bénévoles ou des professionnels, lorsque des résidants doivent être hospitalisés. « Que quelqu'un qui les connaît un peu soit là pour les rassurer, les aider à se faire entendre. »

Contacté, le patron des urgences n'a pas tenu à s'exprimer sur ce sujet.

Aurélie LEMAÎTRE. Ouest-France du mardi 21 novembre 2006 - titre de l'article : Des personnes âgées délaissées aux urgences


(1) Il est l'auteur d'un rapport remis en mai au gouvernement sur L'hôpital face au vieillissement de la population, avec Claude Jeandel, du CHU de Montpellier, et Philippe Vigouroux, du CHU de Limoges.

(2) Pr Soubeyrand est co-auteur du livre "On tue les vieux" chez Fayard. Dans ce livre le Professeur indique : "Aux urgences, c'est la prise en charge défaillante des personnes âgées. Plus le patient est vieux, plus il attend. Impossible de trouver un lit à ces patients dont personne ne veut. Alors ils restent sur des brancards, parfois oubliés pendant des heures dans un couloir ...".

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