Hôpital - Personnes âgées dépendantes

Le coup de gueule du professeur de gériatrie Pierre Pfitzenmeyer


Info du 12 octobre 2006 - Le professeur Pfitzenmeyer avait symboliquement donné sa démission il y a deux ans, du CHU de Dijon, pour protester contre les conditions d'accueil des personnes âgées dépendantes.

Le Pr Pierre Pfitzenmeyer devait conclure, hier à Chalon, une journée consacrée au patient Alzheimer à domicile. Il réexprime son inquiétude quant aux conditions de vie des « très âgés ».

Une journée-conférence sur la maladie d'Alzheimer était organisée hier à Chalon en direction des professionnels de santé et des associations concernées. Ouverte par la DRASS de Bourgogne, cette journée devait être close par Pierre Pfitzenmeyer, professeur de gériatrie et coordonnateur médical du pôle «personnes âgées » au CHU de Dijon. Ne pouvant au dernier moment se rendre en Saône-et-loire, le gériatre nous a accordé une interview, où il renouvelle le coup de gueule qu'il a lancé il y a deux ans pour dénoncer les conditions d'accueil des personnes très âgées dépendantes. Il avait même, en 2004, remis symboliquement sa démission au CHU de Dijon face à une situation qu'il estimait catastrophique.

Pr Pfitzenmeyer : « Deux ans après ce coup de gueule, j'ai le même message à faire passer ! Les conditions d'accueil des personnes âgées sont inadéquates, en Bourgogne notamment. Il y a deux ans, le gouvernement et plus particulièrement le ministre aux personnes âgées avaient tenté de trouver des solutions, que ce soit au niveau du système sanitaire ou pour les structures d'hébergement à l'intérieur desquelles il existe des situations catastrophiques. Mais le manque de moyens est toujours là, et le personnel est en nombre insuffisant. Ce système
engendre une véritable maltraitance dont tout le monde pâti : les personnes âgées, mais aussi le personnel qui, ne pouvant faire correctement son travail, culpabilise. J'ai rencontré des personnes de bonne foi, des politiques, qui
reconnaissaient le problème, mais à un niveau plus élevé, celui du chef du gouvernement ou de la présidence, cela ne représente pas une priorité. »

« Avec le profeseur Jaendel, gériatre à Montpellier et le directeur du CHU de Limoges, M. Vigouroux, nous avons proposé un plan pour les personnes très âgées qui sont de plus en plus dépendantes (pour 80 % d'entre elles), afin d'améliorer la formation du personnel et les conditions d'accueil. Le document est sorti en mai dernier, il a été validé par le ministre aux personnes âgées, mais rien n'a suivi au plan financier. J'ai donc décidé de renvoyer un texte au plan national ».

Le Journal de Saône-et-Loire : Quel est votre nouveau message ?
Pr Pfitzenmeyer : « Je rappelle que la situation s'aggrave au fil des mois. Les institutions, telles qu'elles existent en France, n'ont pas les moyens d'assumer un degré de dignité raisonnable dans l'accueil des personnes âgées. A Dijon, par exemple, on voit des personnes très âgées « accumulées » dans des couloirs, attendant de 12 heures à 24 heures des places dans un service, qui, de toute façon, ne sera pas adapté. Cela signifiera pour la personne des escarres, une dénutrition. Le manque de personnel est sans doute le premier problème, et pour ce personnel, c'est très dur à vivre. Il y a bien des textes, qui régissent l'accueil en tenant compte des minima acceptables, mais. cela reste sur le papier et ne se traduit pas sur le terrain ! Aujourd'hui, il était plus spécialement question de l'Alzheimer. En Bourgogne, quelque 30 000 personnes en sont atteintes, la majorité étant très âgée. Après 90 ans, la moitié de la population est concernée par un syndrome démentiel. Et les camisoles chimiques voire la contention physique ne peuvent être des réponses acceptables ! ».

Le J.S.L. : Vous parlez de maltraitance ?
Pr Pfitzenmeyer : « C'est une réalité, dès que l'on manque de moyens. Et la maltraitance envers les personnes âgées est d'autant plus vraie que dans la démence, elles sont incapables de se plaindre ! C'est une situation
insupportable : les soignants sont en souffrance, les proches également. Ce n'est pas éthiquement tolérable. Les réponses relèvent d'un choix de société, c'est l'ensemble d'une population qui doit y participer ».
Propos recueillis par M.-Ch. Baron-Fagé - Journal de Saône-et-Loire le 12 octobre 2006

 

 

 

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