Chelles, le vieux passif de la maison de retraite AVIA

"Ce sont des signalements de familles, sur la situation sanitaire et les malversations financières, envoyés au procureur par l'Association française de protection et d'assistance aux personnes âgées (Afpap), qui ont déclenché l'enquête."

Dérive financière, traitements dégradants, vétusté du lieu... la propriétaire d'une résidence écrouée depuis jeudi...

Info du 17 avril 2004 - Journal Libération : Yvette Trahard, 73 ans, a été trahie par son compte en banque. Propriétaire de la maison de retraite Avia de Chelles (Seine-et-Marne), la «cheftaine» de l'établissement privé, plus connue sous le nom de Madame André, a passé, vendredi, sa deuxième nuit à la prison de Fleury. La justice la suspecte d'avoir confondu son compte personnel avec celui de sa société, une résidence qui accueille 21 pensionnaires, âgés de 69 à 101 ans. Avec la complicité d'André, son compagnon, et de l'actuelle «gérante en droit» ­ tous deux relâchés à l'issue de leur garde à vue ­, elle aurait, dit-on, siphonné environ 300 000 euros. Au terme de la visite de la brigade financière, mardi, la préfecture a ordonné la fermeture de la résidence au plus tard le 31 juillet. Mais les «traitements indignes» infligés aux «locataires» de la maison auraient dû suffire à sonner le glas de l'établissement depuis longtemps.

La mairie avait classé le dossier sans suite !

Avant d'attaquer aux prud'hommes son ancien employeur, une auxiliaire de vie, épaulée par d'ex-collègues, avait tiré la sonnette d'alarme fin 2002. Elle dit aujourd'hui: «On faisait le ménage avec du produit vaisselle et des balais dont je ne me servirais même pas pour nettoyer la cour.» Et parle de violences physiques : «Il y avait un vieux monsieur assez brutal. On lui a retiré son lit parce qu'il le cassait, et on l'a installé par terre. Quand on le retrouvait le matin, il baignait dans ses excréments.» Elle prévient la mairie. Qui classe le dossier sans suite. Lydie Autreux, ajointe en charge de l'action sociale, se défend : «Nous n'avons reçu aucune plainte des familles. Il y a peut-être eu des négligences mais pas de maltraitance physique.» Ce sont pourtant des signalements de familles, sur la situation sanitaire et les malversations financières, envoyés au procureur par l'Association française de protection et d'assistance aux personnes âgées (Afpap), qui ont déclenché l'enquête.

Marie-Christine Bousfiha a passé trois semaines en stage à la résidence en février 2002. Elle est catégorique : «Des employés bousculaient les pensionnaires, même la journée les couches n'étaient pas changées, pour faire des économies. J'ai vu Madame André gifler des résidents. Le stock alimentaire était dramatique, avec des produits périmés, des légumes complètement pourris.»

La Ddass avait été alertée à plusieurs reprises !

A plusieurs reprises, la Ddass est alertée. Les mises en demeure se succèdent. En cause : l'hygiène alimentaire, la qualification du personnel, l'absence totale d'animations. En juin, la préfecture menace de fermer l'établissement. A part la réfection de la cuisine, rien ne bouge. Philippe Vercelot, provisoirement chargé d'administrer la maison de retraite, affirme lui aussi qu'«il n'y a pas eu de violence physique», mais dénonce «une volonté depuis longtemps de gérer la maison à l'économie». «Au niveau du confort, ce n'était pas terrible, mais au niveau humain, c'était correct», raconte, à l'AFP, le Dr Claude Dalle, le médecin qui se rendait «une ou deux fois par semaine» à la résidence Avia. L'été dernier, la canicule n'y a pas fait de victime.

Un téléphone. Les locaux sont propres mais l'équipement fait peine : un seul téléphone, une cuisinière à bois, une installation électrique hors d'âge et une vétuste salle à manger avec une télé pour seule distraction. Gilberte Richard, 91 ans, dans la résidence depuis un mois, est déjà amère : «Je n'ai pas subi de mauvais traitements mais on ne s'occupe pas beaucoup de nous. Il n'y a jamais rien à faire, jamais de petit mot gentil ou un encouragement.»

Yvette Trahard tenait tout sous sa coupe. A l'abri des regards extérieurs. Pas question de signer la convention entre l'établissement, l'assurance maladie et le conseil général qui lui aurait permis de bénéficier de subventions mais aurait aussi entraîné l'embauche d'un personnel qualifié, un meilleur suivi médical... «Il y avait un turn-over incroyable, remarque Philippe Vercelot. A part la gérante, la plus ancienne des employées n'a que trois ans d'ancienneté et il n'y avait même pas une aide-soignante en permanence. Une seule personne s'occupe des repas. Si elle tombe malade, il n'y a plus personne pour faire à manger.» Dès la semaine prochaine, tout en aidant les familles à trouver d'autres résidences pour les pensionnaires, il promet d'améliorer le quotidien. A partir de mardi, un prestataire externe s'occupera des plateaux-repas et l'administrateur provisoire promet de fermer au plus vite le site Internet de l'établissement qui vante «son cadre calme et agréable» avec «sa terrasse ombragée». Article réalisé Par Ludovic BLECHER

Nous vous invitons à découvrir ci-dessous, les autres articles concernant cette affaire ...

Maltraitance : Interview du Président AFPAP dans le journal "Libération" (04/04)

Maltraitance : Affaire AVIA - Article du journal "Le Monde" en date du 17 avril 2004

Abus : Le préfet ferme la résidence Avia après le signalement de l'AFPAP - 15 avril 2004

Plainte contre une résidence de Chelles ( 77 )

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